Article paru dans Coopération n°33 du 13 août 2025 – Texte de Priska Hess – Photo de Valentin Flauraud
La Genevoise Géraldine Juge a quitté l’hôtellerie pour les pompes funèbres, portée par sa fibre entrepreneuriale et avec le service à la personne comme fil rouge. Coup de projecteur sur un changement de cap aussi radical qu’insolite.
Elle aurait pu diriger un palace, faire carrière dans le tourisme d’affaires ou l’événementiel, ou continuer à manager des services hôteliers au Vietnam, à Zanzibar, au Portugal, en France et en Suisse, comme elle l’avait fait au sortir de l’École hôtelière de Lausanne (EHL). « Il m’importait d’avoir quelques années d’expérience, mais je savais que je ne resterais pas toute ma vie dans ce secteur. J’avais envie de créer mon entreprise », sourit Géraldine Juge (38 ans).
Quête d’authenticité
La Genevoise nous reçoit chez Other Ways, à Carouge, société de pompes funèbres qu’elle a fondée en 2022 avec Dylon Villano, instructeur sportif reconverti dans le funéraire. Tonalités douces sable et sauge, aménagement alliant meubles anciens et contemporains, canapé d’angle confortable, plantes vertes ici et là. On se croirait presque dans un cabinet de psychologue ou de physiothérapeute, si les urnes ornant la vitrine côté rue, d’autres entre les ouvrages spécialisés sur l’étagère, ne rappelaient la vocation du lieu. « On voulait en faire un espace accueillant, moins austère que l’image qu’on en a souvent, pour recevoir les familles et les accompagner au mieux. »
Sonnerie de téléphone. « Un appel pour un décès survenu à domicile », s’excuse-t-elle, tandis que Dylon Villano se rend sur place avec un autre collègue. « Il y a souvent des urgences. Cette semaine, ça s’enchaîne, mais parfois c’est plus calme durant plusieurs jours. » Il faut dire que la petite entreprise est encore en train de se faire sa place : « Cela passe beaucoup par le bouche-à-oreille, relève l’entrepreneuse. Peut-être que notre approche un peu différente y contribue, et aussi le fait qu’on propose un service très complet et sur mesure. »
De l’hôtellerie aux pompes funèbres, n’y aurait-il qu’un pas ? « Quand on sort de l’EHL, notre profil est très axé sur le service au client. C’est cette dimension que j’ai voulu mettre au cœur de mon entreprise. Ce que j’aime dans mon métier, ce sont les rapports authentiques avec les personnes qui font appel à nous, et de pouvoir les aider dans ces moments de vulnérabilité. Cela me ressemble et me porte véritablement. Je sais tous les matins pourquoi je me réveille. »
Au bout des choses
Géraldine Juge dit accorder depuis toujours beaucoup d’importance aux derniers hommages, mais sans avoir jamais pensé, plus jeune, à œuvrer dans ce domaine. Née à Cologny, la fillette a grandi avec ses deux sœurs entre un papa médecin et une maman biochimiste de formation engagée au sein du Conseil administratif (exécutif) de la commune de Cologny.
Adolescente, Géraldine Juge s’imaginait diététicienne ou avocate. Plus tard, organisatrice de mariages. Elle avait opté pour l’EHL, se disant que cela lui ouvrirait des portes. « Suite au décès de mon père en 2014, j’ai réalisé que ce qui nous avait manqué durant cette épreuve, c’était une personne pour nous accompagner dans les différentes démarches. Je me suis dit: pourquoi ne pas créer ce service? » Deux ans plus tard, la dynamique Genevoise lancera sa première société, dédiée à l’organisation des funérailles et à la gestion administrative.
Un côté carpe diem
Quel regard porte-t-elle sur la mort? « Longtemps, je trouvais que c’était quelque chose d’inacceptable. Puis j’ai pris conscience que ça faisait partie de la vie, mais les décès de jeunes me bouleversent toujours. » Elle même a choisi de ne pas avoir d’enfant: « Je pense qu’on a ou non cette envie viscérale d’être maman. »
Géraldine Juge se résume comme « une amoureuse de la vie avec un côté carpe diem, guidée par une vision à long terme », évoquant son plaisir à courir dans la nature. « Cela me revigore et me permet de me déconnecter », nous explique-t-elle. Au point d’être devenue une adepte de l’ultra-trail. « J’ai besoin de repousser mes limites, d’aller au bout des choses. Dans le sport comme dans l’entrepreneuriat. »